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La Philosophie du Cow-boy

Textes tirés de l'ouvrage de Paul COZE (Cowboys, rodéos et jeux de lasso -1934)

" Un rodéo est un ensemble ahurissant de visions entrecoupées, de mouvements mêlés à la curiosité, l'angoisse, l'enthousiasme "

L'Ouest

Une fois franchi le Mississipi qui coupe les Etats Unis en deux du nord au sud, on atteint l'Ouest. Puis, si l'on traverse la ligne parallèle des Montagnes Rocheuses, on pénètre dans les régions que l'on appela le Far-West au temps où il fallait risquer sa vie pour y aller.

Le Canada, qu'aucune frontière naturelle ne sépare des Etats marque la limite de l'Ouest à Winnipeg. Le siècle dernier a vu se succéder les épopées qui ont ouvert ces immenses territoires à la civilisation américaine.

Alternant les périodes héroïques aux périodes de labeur, l'Ouest a évolué. Sortis d'une préhistoire mystérieuse, les Indiens sont morts, regardant sans baisser les yeux et sans vouloir baisser le front, le nouvel astre qui se levait à l'Est. Sauvages, ils ont disparu, le cri de guerre aux lèvres; civilisés, ils dépérissent à l'hôpital. Avant eux ont été anéantis les immenses troupeaux de bisons qui parcouraient la Prairie dans leurs continuelles migrations.

A ce moment l'Ouest reçut les premiers pionniers. Aussi sauvages que les hommes rouges, sinon plus, ils commencèrent à imposer à la Nature la volonté de l'homme blanc, à coups de haches et de fusils. D'autres émigrants consolidèrent ce premier travail. La Plaine, transformée en pâturages,vit errer des milliers de têtes de bétail, entendit hennir des milliers de cavales redevenues sauvages.

Mais l'Ouest évoluait encore.

Les fils des pionniers grillagèrent la Prairie d'un réseau de fer : rails, télégraphes, barbelés reliant les clôtures. Ils la barrèrent du tracé fictif des frontières, des concessions; ils découpèrent le pays; le désert devint un immense mot croisé dont les cases se remplirent peu à peu.

La Nature, ouverte à tous, prit conscience de son morcellement. Les champs de blé et les plantations signifièrent l'esclavage. La signature des compagnies ou des particuliers fut affichée sur les élévateurs à grains.

Malgré cela, l'Ouest a gardé son cachet.

Entre les îlots de citées-champignons, identiquement banales comme des oronges tue-mouche, et entre le hérissement des moissons dorées, fauchées comme les chevelures des citadines, demeure l'immense espace ouvert : Le Range.

Là, le Cowboy vit, comme hier.

Ce gardien de boeuf, ce dompteur de chevaux sauvages, apporte au milieu de notre vingtième siècle un reflet vivant du passé.

Sous son large feutre, mousquetaire moderne, il rit de la lutte pour la vie. Courageux, loyal, méprisant la douleur physique, le visage ridé par les intempéries, il affirme son indépendance. Il est libre jusqu'à l'insouciance, solitaire jusqu'au cafard. Mais il est vivant et sain.

Peut-être poussé par le besoin de se dépenser, lui arrive-t-il de se battre, parfois aussi de boire; mais où trouver querelles et boissons sinon en passant dans les villes ? Là chaque espace a une limite, chaque geste une contrainte, tout est réglé par des lois et des tarifs, le rire que les citadins n'ont plus en eux, s'achète dans les salles de spectacle.

Peut-être lui arrive-t-il de jouer ou voler. La propriété pour lui est un leurre. Dans l'immensité de la Nature, à travers laquelle il chevauche, sans un nuage au-dessus de sa tête, sans souci du temps ni de l'espace, que lui faut-il ?

Ayant mis toute sa fortune dans l'achat d'une selle de plus de mille francs, d'un feutre qui fera toute sa vie, de bottes et d'éperons luxueux, portant sur le dos une chemise d'un dollar et un bleu qui ne vaut guère plus, il médite.

Sa destinée ? Toujours rouler.

Son compagnon ? Une monture.

Son ambition ? S'arrêter.

S'arrêter ! Comme s'il le pouvait ! Ses bottes s'animeraient plutôt d'elles-mêmes pour l'entraîner à chevaucher encore jusqu'au "Dernier Rassemblement"

La Selle

photo Claude Poulet" Le cowboy, le cheval, la selle et le lasso sont quatre éléments de travail coordonnés. La selle large comme un fauteuil est ornée; faite de matériaux solides et coûteux, c'est un objet de luxe. Aucun cowboy pourtant ne serait assez fou pour acheter une qualité médiocre, tant son travail et sa vie en dépendent. Le selle anglaise, destinée à assurer le contact le plus étroit entre le cavalier et sa monture, appartient au domaine de l'agrément, elle est légère, vise au confort et à l'élégance. La selle américaine, destinée à servir le labeur de la vie du ranch, appartient au domaine du pratique; elle est avant tout solide. L'une et l'autre peuvent être critiquées par rapport à l'usage que l'on veut en faire. Si un cavalier, qui n'a pas su deviner le réflexe de son cheval, quitte brusquement sa selle anglaise et tombe, il sera mortifié par la chute mais se sera imposé lui-même la règle du jeu. Un cowboy, lui, ne doit pas tomber. De même qu'un ouvrier ne doit pas rater une pièce de son travail à la chaîne. Il faut qu'il soit à l'abri des réflexes de sa monture pour ne s'occuper que de ceux du bétail qu'il poursuit. Ses recherches d'élégance, il les fera au saloon quand il aura le temps. Il faut d'abord qu'il gagne son pain. En résumé, le cavalier de l'Ouest monte à cheval pour que celui de l'Est ait de la viande comme nourriture. Le reste n'est que littérature.

 

 

L'Elégance du Cowboy

photo Claude PouletUn Cowboy démonté est un équilibriste sur des échasses. Ses bottes ont des talons de femme. Ses éperons, accroche-coeur de métal, traînent derrière lui. Son feutre est l'indice de son caractère en général, et de son humeur, en particulier. Les feutres de cowboys sont de bonne qualité. Ce sont des parapluies ou des ombrelles; leurs bords relevés servent de gouttières ou de chasse-neige, leurs ailes palpitantes remplacent les éventails et peuvent ranimer un feu ou rafraîchir l'atmosphère lourde et enfumée du "saloon". Plat ou élevé, cabossé ou fendu, noir, mastic, brun, taupé ou glacé, le Stetson est vissé sur la tête du Cowboy. Il est probable que même devant Dieu le Père, l'homme ne se découvrirait pas. Il n'a le geste large du chapeau que pour détourner un bouvillon ou effrayer une génisse.

Pourtant les nécessités de la vie errante obligent parfois le Cowboy à retirer son couvre-chef, il l'incurve pour en faire un récipient et se désaltérer, il enfonce la calotte pour en faire un oreiller. Certains prétendent que l'on peut reconnaître l'origine géographique d'un garçon par la façon dont il porte son Stestson. On peut certainement définir son caractère. Esprit étroit et têtu s'il l'enfonce jusqu'aux yeux; indépendant, malin, un peu fanfaron s'il l'incline trop sur l'oreille; bon enfant, insouciant s'il le porte en arrière; nerveux si les bords sont roulés et froissés; soigneux s'il le maintient propre en changeant le ruban; vulgaire s'il l'orne de couleurs criardes; latin si le bandeau porte des clous brillants; modeste s'il est sobre et petit; pratique s'il est gris; ambitieux et cabotin s'il est immense et blanc. Les chapeaux de Cowboy, il y a cinquante ans, avaient les bords plats et rigides. Leur calotte était pointue comme celle de l'armée américaine ou des couts d'aujourd'hui.

Les bottes sont ornées de motifs mauresques. Carrées ou pointues du bout. Noires ou brunes, parfois pies comme un mustang ou damassées comme un échiquier. Parmi les dessins, les as de jeux de cartes sont très en faveur, ils rappellent au Cowboy qu'il se pourrait bien qu'il perde ses bottes au poker. Multicolores, rouges, vertes, bleues, ornées de papillons, de croissants de lune et d'arabesques, les bottes sont un bouquet que l'on traîne aux pieds.

Les éperons sont la gloire du Cowboy. L'alliance qui l'unit à sa monture. Incrustées d'argent et d'or. S'ils sont longs, c'est que les étriers sont loin du flanc de la bête; si la molette figure une immense étoile, c'est qu'ils sont moins coupants et servent seulement à rouler plus facilement sur le flanc. Ils sont un trait par lequel le cavalier souligne un ordre. Ce ne sont ni des roulettes pour la pâtisserie, ni des diamants pour couper le verre. Il est rare que le poil d'une bête porte la marque des éperons; l'homme évite toujours de blesser même un broncho qui se défend.

Pour se protéger du froid, de la pluie, des épines, du contact brutal avec le bétail, du frottement d'un lasso au bout duquel se débattent 500 kilos de viande qui ne veulent pas devenir du boeuf, le cowboy porte des chaps. Jambières ou cuissarts, faits de deux peaux repliées autour de chaque jambe et accrochées à une ceinture. On imagine souvent qu'il s'agit d'une sorte de jupe ou de culotte très ample. Ce n'est qu'un double tablier de travail que le cowboy porte à cheval. Des crochets ou des courroies maintiennent les peaux, parfois seulement au-dessus du genou, dans ce cas la partie basse non fixée retombe comme des ailes brisées.

Les chaps sont en cuir travaillé, en cuir brut (rawhide) ou en peau de mouton. Ces dernières sont rès encombrantes; aujourd'hui elles tendent à disparaître. La mode est aux jambières en beau cuir souple au galbe sinueux. Elles sont plus ou moins ornées et frangées; elles portent quelques fois des poches à mi-cuisse. L'élégance veut que les chaps soient de deux tons, noir sur blanc avec une initiale ou un prénom appliqué sur le volant du bas. Comme le Stetson, elles peuvent servir à d'autres usages, protéger le dos du cowboy contre la pluie ou devenir un isolant pour dormir sur le sol humide.

Le cowboy a pour principe qu'un col dur est une erreur de la civilisation, ce en quoi il est franc et avisé. Il prétend en outre que le veston est fait pour les gens guindés et prétentieux, sa seule utilité est d'offrir le refuge de nombreuses poches; mais il ajoute que si l'on fabriquait un vêtement muni de 200 poches, les citadins arriveraient à les remplir d'objets de première nécessité, sans aucun doute.

Lui, porte une chemise de flanelle ou de soie. Avec cette dernière, il fait de brillantes conquêtes en ville. Sur le ranch elle reste dans une caisse. Jadis les chemises étaient rouges, les couleurs criardes permettent de s'apercevoir de plus loin. Les rayures et les carreaux sont en faveur aujourd'hui et aucun cowboy ne résisté à la tentation d'un tissu écossais.

Sur la chemise, il porte un windbreak d'origine canadienne, chaud, molletonné ou imperméable. Ce vêtement, importé en Europe est devenu une tenue de sport, de golf ou de ski en particulier.

Le foulard est en soie. D'origine paysanne, ce mouchoir plié en deux, se porte en triangle sous le menton avec les deux extrémités nouées en arrière et tombant en cravate dans le dos. Encore et toujours jeune, le cowboy a une bavette... Ce foulard lui est utile pour se protéger le bas du visage quand il poursuit un troupeau dans un nuage de poussière.

L'étui à revolver est une poche indépendante sans fermeture. La crosse dépasse, prête à être saisie. Les cartouches sont rangées dans la ceinture qui maintient l'étui incliné sur les chaps. Sur la selle, il y a des pistolets d'arçon et des étuis à fusils inclinés preque horizontalement sous la jambe. Le cowboy sort souvent son revolver parce qu'il est soigneux et connaît la valeur de son arme, mais c'est pour la nettoyer. Habituellement, le revolver reste dans un tiroir ou un coffre, ou bien il est pendu au mur parmi les trophées de chasse.

Aussi utile que le Stetson, le couteau ne quitte jamais la poche du garçon. Il l'affûte avec soin sur les lanières de sa selle. Quand il a la chance de rencontrer une vieille planche ou un morceau de bois, il le taille patiemment comme s'il avait encore besoin de dépenser son énergie aux heures creuses.

La Détente

photo Claude PouletLes round-up ou rodéo près de la frontière mexicaine, assemblaient tous les êtres vivants d'alentour. Chevaux, hommes, bétail et fermiers, Indiens curieux, femmes, citadins. Après le rude travail, c'est l'époque de la détente, des danses dans les saloons et des excès d'alcool, des coups échangés par bravade, car le cowboy, comme le mousquetaire a le geste prompt, et interprète un mot dans son sens critique. Pour les yeux d'une femme, il a vite fait de douter d'un fait ou d'un récit portés à sa connaissance. Les revolvers sortent des étuis, les winchester sont décrochées des bois de cerf où elles sont pendues, les lampes sautent en éclat et les femmes se cachent sous les tables et les bars. Le Shériff étoilé abandonne son verre de whisky pour réclamer un peu d'ordre en mâchonnant un cigare éteint.

D'autres jouent aux cartes toute la nuit, perdant tout l'argent si laborieusement gagné.

D'autres bravant la fatigue, dansent dans l'excitation des nuits de fête jusqu'à l'aube. Le feutre traversé d'une balle, l'un d'eux chante la mélopée cowboy aidé d'un violon gémissant et d'un accordéon pour faire gémir. Les hourras couvrent les défis de toutes sortes.les farandoles se mêlent aux intrigues. Seuls les poneys restent sages, sous la lune, attachés aux barrières du saloon.

Dans le brouhaha, une conversation intime prend les proportions d'un scandale. Les cris d'indiens et les rires stridents incitent aux querelles. Un cowboy raconte son dernier exploit. Son partenaire le plus voisin lui rit au nez. Les témoins proposent que le héro renouvelle son exploit pour juger et trancher. Il s'agit de la possibilité de prendre une bête au lasso, ou de monter tel broncho qui n'a supporté aucun cavalier. Ou bien un jeune garçon prétend mâter un "killer" (cheval assassin) qui brisa les côtes d'un vieux de l'Ouest. Par gloriole, par goût du risque, il n'en faut pas plus pour opposer des amis, scinder des groupes en clans, affronter des ranchs. Des arbitres à barbe blanche et à gilets de velours sont sollicités.

Sur la place du petit village les premiers concours ont lieu. Les Rodéo de cowboys sont nés.

Nous sommes à la fin du siècle dernier.

Voleurs et Hors la Loi

Les premiers émigrants ne furent pas tous animés du désir d'apostolat qui permet aux missionnaires d'affronter les plus grandes misères sous toutes les latitudes. Le fond d'utopie qui nous habite, sauve de la banalité ou de la férocité de la vie mise à nu. Espérer est une vertu productrice.

A défaut d'autres biens, les pionniers partirent nourris de cet espoir. Chacun d'eux donnant un caractère propre à leur illusion et l'entretenant jalousement.

Richesse : Eldorado, mirage de l'or...

Californie, paradis des fruits; Montagnes Rocheuses, paradis de la chasse; Déserts, paradis de l'oubli...

Liberté en dehors des lois, en dehors du passé, en dehors du souvenir.

Héritier de ces hommes de l'Ouest, l'Américain moderne, vit, lui, dans l'avenir; est-ce par crainte de voir dans son dos une faute non pardonnée ? Héritiers des ces émigrants fuyant les lois, que d'Américains vivent au jour le jour, ignorant parfois le remord !

Désespérance. Espoir de ceux qui veulent vivre de l'espoir des autres, s'y accrocher ou la leur vendre par tranche, par bluff, par mensonge, pour nourrir leur propre réalité.

Rustlers, outlaws, despérados, puis détrousseurs de caravanes ou de diligences, enfin assassins.

" Wanted ", dont les portraits déformés par l'encre d'imprimerie, s'étalaient sur les piliers des " Saloons ".

Hier les coupables étaient pourchassés par tout le monde, n'avaient un espoir de salut que dans les leurs; on les abattait à coups de fusil, ou bien traqués, "lacés", ils étaient pendus presque sans jugement, par nécessité brutale pour le bien de la société naissante, et la corde valait plus cher que le pendu.

Aujourd'hui les noirs seuls sont "lynchés". La loi des villes est contrôlée par les fils des "Wanted" de jadis; ils sont arrivés à la puissance par leur fourberies. Comme le leur insuffle le sang de leurs pères, ils s'accrochent de leurs doigts courts et spatulés au pouvoir dérobé. Ils sont hors la loi, car ils la font.

Le " Sens du Bétail " (cow sense)

Les premiers Cowboys ne furent ni des Scouts, ni des rustlers. Ils quittèrent la vie de l'Est pour suivre une chimère, par un besoin intime d'évasion.

Un ciel largement ouvert change la mentalité des hommes, qui puisent dans sa contemplation leur vie de tous les instants.

L'homme de la Prairie est cousin du marin; comme lui, il navigue dans l'immensité.

Seuls les citadins et les montagnards ont des idées cloisonnées, ressérées entre des ravins ou des murs.

L'être qui s'échappe et se retrempe dans la nature, en agrandissant son domaine, élargit son esprit. Il le rajeunit par ce renouvellement continuel.

Sur le Range, les gamins, livrés à eux-mêmes, se forment rapidement tandis que les vieux gardent leur jeunesse. C'est pourquoi les uns et les autres sont appelés boys, cowboys ou garçons vachers.

Jadis les troupeaux couvraient la Prairie par milliers. Le propriétaire d'un ranch possédait 30 ou 40.000 têtes de bétail.

La vie journalière du cowboy consistait à surveiller ces troupeaux, à les sélectionner, à les marquer au brand du ranch pour les reconnaître à l'époque du rassemblement pour la vente. Puis il fallait diviser et les conduire par bandes de 1.000 à 3.000 bêtes vers les villes situées à 6 ou 700 lieues, voyage pénible en butte à des des difficultés sans nombre et qui durait de 3 à 6 mois.

Pour aimer cette vie, le garçon devait ressentir le sens du bétail (cow sense) sans lequel il devenait inutile. Connaissance approfondie du métier dont il découlait un instinct naturel pour deviner chaque pensée, chaque ruse, habitude ou désir du troupeau. Mais par dessus tout, le cowboy aimait son cheval. L'ayant capturé lui-même après un choix minutieux, il le domptait et en faisait un ami dévoué et courageux.

L'Histoire du Rodéo

Le mot mexicain Rodéo est synonyme du mot anglais Round-Up, tous deux signifient rassemblement. Les premiers concours nés au Mexique prirent cette appellation. Par extension on emploie aussi bien aujourd'hui le mot Stampede qui indiquait uniquement autrefois la débandade du troupeau, ou encore le mot Frontier-days.

Ce travail de Round-Up a donc pris sous le nom de Rodeo un sens joyeux. C'est le carnaval des cowboys.

Les villes de Denver (Colorado) et Cheyenne (Wyoming) ont transformé les Rodeos dans leur forme actuelle. Ces concours locaux entre cowboys venus vers les villes conduire les troupeaux pour l'abattoir, sont devenus de véritables championnats.

A Point of Rocks, dès 1870, sur la rivière Arkansas, eut lieu le premier concours véritable comptant, outre la monte des bronchos et leur dressage, des épreuves de prise au lasso de steers et de veaux.

Chevaux, selles, brides furent mis en gages sur les cavaliers les plus fameux et les ropers les plus adroits. 500 cowboys enthousiastes acclamèrent les vainqueurs.

L'idée fit son chemin. Est-ce Denver ou Cheyenne qui lança le Rodeo ? Les documents se contredisent. Il faut en retenir que simultanément ces cités déjà importantes et les villages d'alentour s'organisèrent dans ce but.

Un agent de chemin de fer, le premier, eut l'initiative de monter le spectacle avec une réelle présentation. La foule accourut, payant le droit d'entrer pour voir ces épreuves auxquelles elle ne trouvait aucun intérêt quotidiennement durant le round-up sur le range.

Vers 1880, il y eut des chevaux et des cowboys réputés. L'un d'eux, Lee Van Houten, releva le défi d'un ranchman qui possédait un broncho particulièrement vicieux; the Boot (la botte).

Dans l'entourage immédiat du héros du jour, les paris atteignirent des chiffres incroyables, tant ses partisans s'avéraient certains du succès de leur favori. La presse locale fit chorus. Le match eut lieu dans l'enthousiasme le plus absolu.

Les rodéos étaient lancés.

A cette époque on évaluait à 9.800.000 les Long-horns qui remontaient vers le nord conduits par une armée de cowboys. De cette foule de professionnels les champions avaient peine à se détacher.

Les guerres indiennes touchaient à leur fin, le chemin de fer, épine dorsale de la civilisation, détruisant des villes construites aux carrefours des pistes et non aux endroits rationnesl, était accueilli avec crainte par les uns, avec méfiance par les autres.

L'ouverture de réserves pour les Indiens, jadis nomades, mit de l'ordre dans le pays.

L'avenir tombait dans le passé à une vitesse foudroyante.

La formule courante "le présent n'existe pas" frappa l'homme qui, jusqu'ici, n'avait jamais osé parler du lendemain, car sa vie était faite d'aventures et de dangers; cet homme c'était le chef des scouts : Buffalo Bill. Il se rendit à l'évidence et se dépêcha de cristalliser autour de lui ce qui restait de cette vie extraordinaire pour l'arrêter dans sa course.

Les Amateurs...

Lorsqu'ils sortent du stade où a lieu le rodéo,les cowboys sont toujours sincèrement surpris d'être accablés de question par la foule curieuse. Ces enquêtes sont la plupart du temps stupides.

De vieilles dames s'inquiètent de l'état de santé du cavalier qui a mordu la poussière et sont très étonnées lorsque celui-ci, remis sur pieds, répond lui-même.

Les amateurs, qu'ils soient des afficianados connaissant réellement les données du problème, ou qu'ils veuillent à l'aide de quelques mots du vocabulaire cowboy paraître de la partie, mettent les cowboys en défiance.

Le jeune homme cosmétiqué, botté à l'anglaise, qui visite les écuries en caressant les chevaux mais sans saluer les hommes, est vite repéré. S'il a du cran, il relève les défis qui fusent.

Il y a les amateurs qui demandent à monter un bronco, par ignorance, par haute estime personnelle, par curiosité, enfin par sincérité. A Londres, le rodéo de Tex Austin vit passer un grand nombre d'amateurs militaires et civils, conscients ou naïfs. Ils affrontèrent les chevaux sauvages, ne résistant pas à leur défense, ou ne "tenant" les 10 secondes qu'en "touchant le cuir", ou en fixant leurs éperons dans la sangle.

Un des premiers soirs, j'avais pris place dans une tribune pour avoir une vue d'ensemble. A mes côtés, un homme de trente-cinq ans au teint basané, aux yeux clairs, riait de ses grandes dents britanniques. Nous nous liâmes de cette amitié passagère des grandes assemblées.

" Je suis officier de l'armée des Indes, j'ai passé ma vie à cheval et cela m'amuse de voir ces sauvages."

" Vous croyez que ce sont de véritables cowboys? " dis-je amusé.

" Je le crois, mais les cowboys ne sont pas des cavaliers. Avec leurs selles comme des fauteuils il n'y a qu'à se laisser emporter comme dans un pullman. "

En moi-même, je pris la défense des cowboys parce qu'ils avaient belle allure, mais je n'osais rien dire par respect pour l'armée des Indes. La première épreuve commençait. " La monte des chevaux sauvages sans selle. "

Quand le douzième cheval apparut et envoya comme presque tous les autres, son cavalier au sol, mon programme était froissé entre mes doigts crispés. Quel spectacle ahurissant !

Des bêtes endiablées sautant, bondissant, se débattant, et le cowboy s'agrippant comme il pouvait.

" En fait, l'épreuve n'est pas grand chose " me confia l'officir, simplement tenir le cheval entre ses jambes pendant dix secondes.

Je n'avais pas repris mon souffle que dix cowboys galopaient dans l'arène, leur lasso dans la main. Ils les firent danser de droite à gauche comme des papillons ou des vagues, attrapant, sans jamais rater leur coup, d'autres cavaliers lancés au galop.

" Du bon cirque " fit mon ami.

" Du très bon cirque " répondis-je, "je n'ai jamais rien vu de tel dans un cirque."

Mon enthousiasme explosait. Le capitaine de l'armée des Indes le doucha aussitôt.

" Vous êtes jeune et naïf, ces chevaux sont dressés à sauter, tout cela est de la blague."

Un homme, assis derrière, toucha l'épaule de mon interlocuteur.

" Pourquoi croyez-vous que ces chevaux sautent ainsi ? "

" Ou parce qu'ils sont dressés à le faire ou bien parce que l'on a mis des clous sous la selle."

" Laissez-moi me présenter " dit-il alors, " je m'appelle Dick Knight, je suis un vieux cowboy rvenu du Canada; ces chevaux se défendent parce qu'ils n'ont jamais été montés; on les a importés pour le Rodéo et sélectionnés parmi les plus mauvais qui vivent libres, dans les prairies de l'Ouest, ce ne sont pas exactement des chevaux sauvages, puisqu'ils appartiennent à quelqu'un, mais ils vivent libres toute l'année, et c'est parmi eux qu'une ou deux fois par an les cowboys choisissent ceux qui leur semblent pouvoir devenir de bons chevaux de selle. Quant aux plus mauvais, vous les avez sous les yeux.

L'Anglais hocha la tête.

" Je ne croirai cela que quand je l'aurai constaté moi-même."

" Venez " répondit Dick Knight.

Nous allâmes tous trois près des " chutes ", parmi les cowboys. On annonçait la monte des broncos avec selle. Knight présenta l'officier.

" Ce gentleman voudrait savoir comment ces chevaux sont truqués; il prétend avoir passé sa vie à cheval."

Tex Austin s'avança.

" Qu'il choisisse dans le corral un bronco, il peut le monter s'il veut, le Rodéo est ouvert à tous, mais qu'il le fasse à ses risques et périls. "

L'officier de l'armée des Indes sourit et désigna un grand cheval à l'oeil vif. Quelques instants plus tard on lui mit les chaps; on lui donna des éperons, un chapeau, et on sella la bête. On lui fit signer une déclaration dégageant les organisateurs de toute responsabilité en cas d'accident.

Je me glissai derrière pour voir la selle, non seulement elle n'avait pas de clous, mais elle était rembourrée en peau de mouton.

L'Anglais escalada les poutres de la " chute ". Mon émotion était grande...

Les cowboys étaient anxieux; enfin, le signal retentit et la porte s'ouvrit. Le cheval ne sortait pas, il restait là, braqué, les jambes en avant, les oreilles en arrière, l'oeil mauvais. L'officier, en bras de chemise, attendait; on le sentait ému. Tout à coup, le bronco bondit hors du box, tourna sur lui-même, fit un deuxième bond. L'Anglais, les jambes arquées autour du ventre du cheval, ne riait plus. La bête s'arrêta net, et d'un coup brusque envoya le représentant de l'armées des Indes retrouver le sol britannique avec une violence qui aurait pu lui faire perdre à jamais le goût de la terre natale.

Le malheureux était étendu sur le dos, inanimé; deux cowboys se précipitèrent, tandis que des hazers s'emparaient du bronco et le chassaient dehors vers le corral. Les infirmiers accouraient, noir et blanc, avec un brassard de toile. L'officier se souleva, le visage en sang. Il refusa le secours de l'ambulance et debout, se tint droit comme pour la parade devant le roi.

Le public applaudit frénétiquement. L'officier, les talons joints, impeccable, salua élégamment. Puis, s'adressant à Knight :

" Vous avez raison, dit-il, voilà de vris chevaux et de rudes hommes que ces cowboys qui les montent tous les jours. "

" De vrais hommes, francs et courageux, dit Knight, ils n'ont rien de falsifié, mais vous aussi vous êtes un homme, et laissez moi rendre hommage à l'armée des Indes.

" Nous sommes quittes, je pense " dit l'Anglais, et, passant entre les concurrents qui lui souriaient avec admiration, il se dirigea vers la sortie.

Il s'évanouit dès qu'i eût quitté l'arène, car il avait l'épaule fracturée.

A venir...

Les Brands

Quelques règles du rodéo

Les Amazones aux Cheveux Endiablés

Le Lasso

Le Wild West Show de Buffalo Bill